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Cellule PCF ''Plantive'' de Saint-Saulve

BLANQUER, CE VIRUS

22 Mars 2020, 14:55pm

Publié par Cellule PCF de Saint-Saulve

Arrêtez de faire le bordel a dit un jour « le chef »Arrêtez de faire le bordel a dit un jour « le chef »

Arrêtez de faire le bordel a dit un jour « le chef »

Je pense qu’il faut lire la tribune de cette enseignante à propos de l’Éducation nationale qu’elle a écrite sous le pseudo d’Anna- Stéphanie Orluc dans « Libé le 9 mars », avant les mesures prises contre l’épidémie par Macron le 12. Vous la trouverez aisément sur internet.

Elle n’a pas perdu son actualité avec la fermeture des établissements. Qu’elle soit sous pseudo est révélateur. C’est le devoir de réserve des fonctionnaires, comme on dit, encore que cette tribune ne fasse que décrire une situation, pas la juger. Mais c’est bien connu, le premier qui dit la vérité sera exécuté, comme dans la chanson de Guy Béart.

Cette tribune parle du mépris, elle parle de l’insensibilité, elle parle de l’incompétence, elle parle du cynisme d’un système qui n’aime pas ceux qui travaillent pour lui, les profs, et ceux pour qui il devrait travailler, les élèves.

On aura beau jeu ici et là de dire que, quand même, l’Éducation, c’est le premier budget de la nation. Il faut croire que cela ne suffit pas ou qu’il est administré par des imbéciles qui pourraient, à l’occasion de cette épidémie, devenir des imbéciles criminels.

Il faut croire que la décentralisation qui a confié à quelques barons départementaux et régionaux la gestion des collèges et lycées est une belle arnaque, si on ne trouve pas suffisamment d’argent pour acheter du savon et de produits pour nettoyer des toilettes.

Il faut croire que la médecine scolaire comme la médecine du travail est une préoccupation pour le moins secondaire de la rue de Grenelle. J’ai dû avoir le droit à une radio des poumons en vingt- trois ans de boutique.

On est partagé entre la colère et la honte. Blanquer n’est jamais que l’ultime avatar de cette haute fonction publique de l’Éducation nationale qui a toujours considéré ses fonctionnaires de base comme des emmerdeurs geignards, des feignasses syndiquées. Il est, paraît-il, un « excellent connaisseur du système ». Alors, il est encore plus coupable.

Je voudrais que Blanquer passe une semaine à la place de la prof qui a écrit ce texte. Je voudrais que Blanquer ait honte. Moi, j’ai honte pour lui. Si j’ai été heureux, le plus souvent, d’exercer ce métier, c’est en dépit de ces gens-là, c’est contre eux. Blanquer, c’est tout et son contraire du moment qu’il peut montrer que c’est lui qui commande.

On pourrait faire appel à l’humanité de Blanquer dont la première mission est tout de même de travailler pour l’humain et sur l’humain. Sa matière première, c’est tout de même l’enfance, l’adolescence, la jeunesse. La finalité de sa mission, c’est tout de même l’émancipation. Il semble que ce soit vain.

Qu’attendre d’un homme et qu’attendre de ceux qui, dans les rectorats et les bureaux de chefs d’établissement, ont toujours raisonné en termes de carrière, utilisent leur énergie à soumettre profs et élèves à des réformes aberrantes, pure- ment comptables, derrière le paravent de l’innovation pédagogique, en suscitant le moins de révoltes possibles ?

Et quand ces révoltes éclatent quand même, de monter la population contre ses propres fonctionnaires, bref, l’exact envers d’un ministre de l’Intérieur.

Blanquer n’aime pas les profs, on le savait. Il n’aime pas non plus les élèves et particulièrement les lycéens, on s’en doutait, mais là, c’est indubitable.

Je ne laisserai dire à personne que 17 ans est le plus bel âge de la vie, entre Parcoursup, les flics envoyés pendant le mouvement social, les E3C (épreuves communes de contrôle continu) et maintenant l’incohérence de Blanquer qui dit le matin qu’il maintient les écoles ouvertes car il est encore dans sa petite logique de pouvoir, qu’il ne comprend pas le danger ou pire, qu’il s’en fout, avant que Macron ne siffle le soir la fin de la partie.

On pourrait s’en moquer. Mais on ne peut plus faire comme si, au temps du Covid-19. On a juste envie d’oublier les gestes barrières un instant. Pas pour lui serrer la main mais lui rendre concrètement ce qu’il fait symboliquement chaque jour avec les élèves et les profs : lui cracher au visage.

Mantes-le-Jolie - 6 décembre 2019 : Pour Blanquer, 153 lycéens à genoux dans une cour fermée, encadrés par des CRS lors d'une manifestation lycéenne. Pour les anciens, c'est un rappel du 13 juillet 1942 au Vélodrome d'Hiver .
Mantes-le-Jolie - 6 décembre 2019 : Pour Blanquer, 153 lycéens à genoux dans une cour fermée, encadrés par des CRS lors d'une manifestation lycéenne. Pour les anciens, c'est un rappel du 13 juillet 1942 au Vélodrome d'Hiver .Mantes-le-Jolie - 6 décembre 2019 : Pour Blanquer, 153 lycéens à genoux dans une cour fermée, encadrés par des CRS lors d'une manifestation lycéenne. Pour les anciens, c'est un rappel du 13 juillet 1942 au Vélodrome d'Hiver .

Mantes-le-Jolie - 6 décembre 2019 : Pour Blanquer, 153 lycéens à genoux dans une cour fermée, encadrés par des CRS lors d'une manifestation lycéenne. Pour les anciens, c'est un rappel du 13 juillet 1942 au Vélodrome d'Hiver .

TRIBUNE du 9 mars dans « Libération »

 

L’Éducation nationale bégaie, bafouille
et postillonne

 

Un jour comme un autre au pays merveilleux de l’Education nationale : payez pour pouvoir faire votre travail, assurez votre propre sécurité et surtout obéissez, rentrez dans les rangs en attendant qu’on vous ait tous précarisés.

Hier, des élèves de première me disaient :

 «Vous vous rendez compte, avec tout ce qu’on a subi depuis le début de l’année, maintenant on nous prend pour des cons et on ne nous informe pas !» 

Ils venaient d’apprendre qu’un cas de coronavirus avait été diagnostiqué dans leur établissement, événement probablement de plus en plus fréquent ces jours-ci, mais d’autant plus insupportable à leurs yeux que l’information avait fusé informellement parmi eux quelques heures à peine après qu’elle avait officiellement été communiquée au personnel d’établissement ; mais qu’elle était en train de mettre tranquillement plus de vingt-quatre heures pour leur parvenir en bonne et due forme.

Et pour eux, c’était la gouttelette qui faisait déborder la coupe pleine, le postillon de trop, après l’explosion des groupes classes, les paniques d’une rentrée aux emplois du temps sans ordre ni raison, après l’incompréhension face aux logiques de spécialité, les perspectives d’orientation brouillées, après les E3C passées aux forceps, après la «réforme» du lycée en somme.

 

Pour eux, c'était l'énième mépris, ce sienece  « et puis, Madame, depuis que je suis au lycée, moi, j’ai jamais vu de savon dans les toilettes !» Rassure-toi, mon grand, je te crois. Moi j’en ai aperçu du savon, mais pas tous les jours, j’en ai parfois guetté pendant des semaines, tout comme je continue de pister l’odeur caractéristique de produits sanitaires qui me signalera, en passant la porte, le nettoyage bimensuel des toilettes des profs.

Prescriptrice… de pratiques sanitaires

Hier, comme tous mes collègues, je me suis muée en mini-prescriptrice de pratiques sanitaires, en mini-épidémiologue, parce que le personnel des services de santé de l’Éducation nationale s’est bien gardé de passer dans les classes rassurer les élèves. Circulez, y a rien à voir, y a rien à dire, on pourrait presque dire « #pasdevagues mais ça ferait beaucoup de gouttelettes. Et t dans les classes et dans les couloirs, les élèves demandant : 

« Et mes grands-parents qui ont 93 et 95 ans, je renonce à les voir pour mes 18 ans ? » 

« Et mes camarades qui ont choppé la mononucléose, il ne faut surtout pas qu’ils l’attrapent ce virus ? »

« Et mon père qui a une santé fragile, je ne l’embrasse plus alors ? » 

Parce que, surprise, les élèves ne vivent pas seuls dans des grottes en dehors des heures de cours, ils ont des familles, des amis, et ils ont peur pour eux, ils ont besoin d’information pour eux, ils ont besoin que l’Éducation nationale les aide à les protéger, eux.

L’Éducation nationale leur répond : lavez-vous les mains (mais il y a pénurie de savon), utilisez du liquide hydro-alcoolique (que vous achetez vous-mêmes), touchez-vous le moins possible (à 35 par classes et dans des établissements où chaque intercours est une lente reptation coude à coude vers la salle suivante), toussez dans votre coude (et sous le nez de votre camarade à 30 cm de vous).

Tout comme elle répond aux enseignants : procurez-vous à vos frais du liquide hydro-alcoolique et du savon (parce qu’on n’en pas à vous mettre à disposition), ouvrez les portes avec le coude, ne dites surtout rien, mais surtout parlez de façon rassurante aux élèves. Et sachez qu’aucun droit de retrait ne sera admis : il ferait beau voir qu’une épidémie soit considérée comme un danger.

Situation ubuesque

Un jour comme un autre au pays merveilleux de l’EÉducation nationale : payez pour pouvoir faire votre travail, assurez votre propre sécurité et surtout obéissez, rentrez dans les rangs en attendant qu’on vous ait tous précarisés.

La situation est ubuesque. La situation serait risible si elle n’arrivait pas en plein 49.3 sur la réforme des retraites qui prévoit d’allonger indéfiniment le temps de travail, porté par un gouvernement où il ne faut pas parler de pénibilité parce que ce serait sous-entendre que « le travail serait pénible ». Elle serait risible si elle ne confirmait pas avec une violence atterrante le mépris de ce gouvernement pour tous les fragiles, les vulnérables, ceux que la solidarité nationale a le devoir de protéger ; Ceux qui sont ouvertement présentés depuis des mois comme des charges, des dépenses, les boulets démographiques et sociaux de la «start-up nation».

Alors, ne cédons pas à la panique, restons rationnels, mais puisque le gouvernement nous enjoint à ce point d’user de notre raison, conservons la méfiance raisonnable et nécessaire face à ces apprentis sorciers qui ne nous veulent pas de bien.

Tribune signée sous pseudo  de Anna-Stéphanie Orlus enseignante  

 

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