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Cellule PCF ''Plantive'' de Saint-Saulve

À PROPOS DU VOYAGE PRÉSIDENTIEL EN ALGÉRIE

3 Septembre 2022, 10:09am

Publié par Cellule PCF de Saint-Saulve

Kamel Bencheikh. Illustration de Mathieu Jiro et Thi Kim Thu Grégo

Kamel Bencheikh. Illustration de Mathieu Jiro et Thi Kim Thu Grégo

DES POINTS DE VUE IRRÉCONCILIABLES ET UN

ENGRENAGE INFERNAL

 

Emmanuel Macron s’est rendu en Algérie en visite officielle du 25 au 27 août. Il faut rappeler que depuis quelques mois, les tensions entre la France et l’Algérie sont palpables, sur fond de passé colonial. Peut-on demander des comptes au nom du passé ? L’opinion de l’écrivain Kamel Bencheikh, qui « refuse d’être le dépositaire d’un quelconque héritage dans ce domaine  ».

La mémoire algérienne n’arrive pas à s’apaiser, même après soixante années d’une indépendance totale arrachée à l’ancienne puissance coloniale – soixante années, une vie d’un être humain ou presque. Cela fait des lustres que la rancœur et l’animosité font office, entre les deux pays, de lettres de créance.

Depuis quelques mois, la physionomie de ces relations a pris une tournure détestable. La controverse est repartie de plus belle. L’Algérie a, il y a quelques mois, totalement interdit son espace aérien aux aéronefs militaires français qui faisaient un trajet direct pour rejoindre la zone du Sahel. Elle ne s’est pas contentée uniquement de cela puisque l’usage de la langue française est désormais interdit dans les administrations et dans les établissements scolaires.

L’Algérie présente ses décisions comme étant la conséquence des propos tenus par Emmanuel Macron sur « la rente mémorielle  » sur laquelle s’est construit ce pays depuis la fin de la guerre d’indépendance et à la suite des mesures françaises de durcir les conditions d’obtention des visas pour les voyageurs algériens.

Il est évident, dans ces conditions, que les points de vue des dirigeants des deux États sont irréconciliables. En Algérie, la guerre de libération est bel et bien devenue une sorte de viager, des arrérages sur lesquels les clans qui se sont succédé, faisant fi de toute culture démocratique, ont prospéré.

Il faut entretenir la flamme de ceux qui exploitent la mémoire du passé. En France, il faut prendre en compte les dépositaires des droits des harkis, des pieds-noirs et des anciens combattants, d’autant qu’à chaque élection présidentielle. En Algérie, nous ne sommes pas près de mettre la guerre de libération sous le tapis parce que c’est grâce à son souvenir que des dirigeants incultes et incompétents font leur beurre.

De part et d’autre, des présidents d’associations d’anciens combattants, des activistes de la haine, adeptes du rejet des autres, affirment qu’ils débattent au nom de ceux qui ont perdu la vie et demandent des comptes pour des crimes que les vivants n’ont pas commis. La forfaiture collégiale, voilà une tâche à expier pendant des siècles. L’idée que ce soit tout un peuple qui ait commis le péché et dont on prendrait en charge la responsabilité au regard de la couleur de son passeport.

Voilà donc un engrenage qui n’est pas près de s’arrêter. Nous sommes pris dans ses rouages et nous nous laissons emporter par sa noria qui ne cessera pas de tourner de sitôt. L’Espagne ira-t-elle jusqu’à demander des comptes aux pays nord-africains pour l’invasion menée par le général Tarik Ibn Zyad en 711 ?

Les Égyptiens ont-ils pensé à mettre en cause l’empire Ottoman qui a occupé leur pays de 1517 jusqu’en 1798 ? Les richesses du Brésil ont été dilapidées par le royaume portugais sur une période allant de 1500 à 1823, plus de trois siècles d’occupation. Est-ce que Brasília pourrait porter l’affaire devant les tribunaux pour récupérer le butin qui lui a été dérobé ?

On constate que l’histoire du monde a fluctué au gré des appropriations et des invasions. Tel peuple a été à un moment donné soumis et le même s’est révélé être un colonisateur lors des siècles suivants. L’Histoire passée a été une suite ininterrompue de dominations, d’agressions et d’invasions dont tous les pays ont soit souffert soit été à l’origine de la souffrance d’autrui. À décrypter le passé, nous serions tous, tour à tour, bourreaux et victimes.

Quant à moi, je refuse avec la plus extrême détermination que l’on puisse mettre sur mon compte des actions que je n’ai pas commises. Je n’accepte pas que l’on m’inculpe pour des crimes que je n’ai pas accomplis. Je n’ai aucun compte à rendre sur quelque infamie du passé à laquelle je n’ai jamais participé.

Je ne suis le dépositaire d’aucun héritage dans ce domaine et je clame haut et fort que je ne suis ni bourreau ni victime. Je crois, en revanche, au fait que nous avons la faculté de façonner nos mémoires au regard des démarches historiques. Je crois que le passé est un formidable instrument pour saisir la marche future du monde. C’est à travers cette méthode que nous saisissons la formidable évolution du chasseur-cueilleur jusqu’à sa métamorphose en informaticien et en pilote d’avion.

C’est en cela que je crois, parce que l’Histoire est un formidable formateur qui nous initie à prendre ce qu’il y a de plus beau dans le passé pour le projeter dans le futur. Même si, parfois, je suis sûr que l’Histoire peut se répéter, et que les ombres du passé viennent s’allonger sur les vitres de notre présent…


                                                                                                  PAR KAMEL BENCHEIKH 

 

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